Le poêle et la souris

Mon lit c’est le lit double, celui avec la tenture Genhis Khan en guise de poster, ça change de ceux de Cure, et puis le lit c’est dur, une pierre, je vais finir par y laisser mes os.

Dehors il pleut toujours, on dîne avec la guide et le chauffeur et cette dernière nous chante deux chansons de chez elle (il faut vous dire que dans l’après-midi, dans le mini-bus, nous lui avons fait écouter Brel, Aznavour, Piaf). Derrière, c’est l’échange de questions, elle veut savoir comment fonctionnent nos universités, notre justice, puis le chauffeur nous questionne sur nos… routes.

Puisque la pluie persiste, qu’on sent monter une légère humidité, il faut mettre le poêle en route. C’est une grosse bête carrée trouée de rouille, le tube monte droit au travers de la toile, le combustible c’est de la crotte, littéralement : les bouses de vaches sèches sont entassées près du campement, et dans une boîte métal au près du poêle il y a la réserve pour la nuit.

Notre hôtesse allume le truc avec des morceaux d’écorce de bouleau, je la regarde accroupie au fourneau et pense ça ne peut pas brûler, et si ça brûle ça va puer la mort et bien évidemment, ça prend, ça prend lentement et puis ça devient un vrai feu, rond, lent, brillant, avec beaucoup de braises. Ça ne sent rien, même pas la fumée. On est fort aise. Nos chaussures peuvent sécher.

Au moment du coucher, une petite souris passera nous visiter, elle prend ses aises aussi, on la laisse faire, elle est chez elle.

Pendant la nuit, quand me viendra le besoin de sortir pour laisser partir les eaux du thé et puis des nouilles, debout dans le vide, la nuit où le bétail fait de beaux rêves, je penserais je n’ai jamais pissé si loin d’une route.

La photo c’est le poêle. Il est très moche.

dbourrion Écrit par :

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